Bulles sur le front pop – Missy Magazine

Bulles sur le front pop – Missy Magazine

octobre 31, 2022 0 Par MistressMom

Par Christina Mohr

“Le meilleur livre pop de l’année (jusqu’à présent).” – “D’autant plus que le livre manquant sur la musique contemporaine est en train d’être publié.” – “Au lieu de paraître culturellement pessimiste à son lectorat, il fait face à la tempête.” – « (…) le point culminant de ce livre plein d’idées géniales.

© Flickr/automne sans fin/CC BY-SA 2.0

© Flickr/automne sans fin/CC BY-SA 2.0

Que se passe t-il ici? Jens Balzer, journaliste musical et rédacteur en chef adjoint du « Berliner Zeitung », a publié un livre et tous ses « copains masculins » se portent bien. Le spectre des réactions va de la crainte (voir les citations ci-dessus) à la commande (probablement pas tout à fait ironique) : « Mon ami Jens Balzer a écrit un grand livre (…). Mais ce n’est pas grave, la seule chose importante est : Jens, achète le livre, sinon il y aura un fouet !”, a déclaré un collègue critique de Balzers via Facebook.

Ô mon cher ! La menace du fouet peut faire référence à la confession de Balzer dans le premier chapitre de son livre, selon laquelle il était “assez heureux” “si j’étais correctement humilié”. Dans les concerts pop, cependant, il n’y a que rarement l’occasion de le faire; on ne trouve presque plus d’artistes qui sachent mener à bien une humiliation – qui soient si beaux (…) qu’on puisse se sentir minables, petits et sans valeur à leur face.”

Jusqu’à présent, je pensais que le plus grand effet d’un concert pop sur le public pourrait se répandre sur l’autonomisation, mais ce n’est probablement qu’un des nombreux malentendus et ennuis entourant ce livre. Une fois de plus déclaré un plus blanc, homme d’âge moyen la pop. Mais parce qu’il existe déjà tant de gros livres d’histoire sur la pop, Balzer a créé un “Panorama du Présent” très subjectif ; un cadeau qu’il laisse commencer en l’an 2000. Jusqu’ici tout va bien.

Contrairement, par exemple, à Diedrich Diederichsen ou à Simon Reynolds – pour ne citer que deux encyclopédistes pop éminents – les innombrables concerts ou “front reports” (citation) de Balzers constituent une grande partie de son livre. La fétichisation d’y être allé et la prétendue authenticité d’événements inauthentiques témoignent également du savoir-faire étendu de Balzer : Qu’il s’agisse d’Unheilig, de Céline Dion, de Rammstein ou de Frei.Wild, Balzer va partout où ça fait mal aux autres connaisseurs et où la foule plaît. Le gain en connaissances n’est pas toujours évident. L’admiration pour Balzer se nourrit avant tout de son “chutzpah” et de son “intrépidité prononcée” avec lesquels il assiste aux concerts d’Helene Fischer et les traite du même souffle que les brindilles Sunn O))) et FKA. Hélène Fischer ! L’acrobate en téflon qui fait la promotion du beurre aux herbes – incontestablement la plus grande star d’Allemagne, mais jusqu’à présent totalement hors de question pour les connaisseurs branchés qui à bout de souffle rendre hommage à cet acte héroïque.

Avec des formulations bâclées et des comparaisons audacieuses qui lui ont valu tant de noms, comme s’il était lui-même une pop star (“cardinal de la pop”, “l’homme qui sait tout”), il jette de nombreux écrans de fumée. Il décrit Helene Fischer comme une « artiste multimédia mégaéclectique » qui travaille avec « les moyens d’un post-féminisme nihiliste ». Et parce que dès le début du livre, il diagnostique le “déclin de la domination masculine” avec l’aide de groupes comme The Strokes et The Libertines et découvre l’avenir de la pop dans le “féminisme numérique”, c’est-à-dire avec des artistes comme Holly Herndon, Grimes et Laurel Halo, on pourrait dire avec bonheur l’approche féministe de Balzer – qui, cependant, acquiert rapidement une touche désagréable, impudente, joviale-paternaliste.

Il décrit Amy Winehouse comme une “starlette de la soul rétro roucoulant sans signification”, alors qu’Adele incarne la “femme souveraine, forte et sûre d’elle”; Il a accusé les “nouvelles divas” Lady Gaga, Beyoncé et Rihanna de “paresse frivole”, Rihanna était aussi un exemple de “jusqu’où on peut aller aujourd’hui sans avoir de ‘je'”. Il décrit Lana Del Rey comme “Jackie Kennedy enceinte” à cause de sa robe babydoll. Et ainsi de suite. Etc.

978-3-87134-830-3« Pop – Un panorama du présent »
Jens Balzer
Rowohlt, 253 pages, 20 euros, déjà paru

L’envie de Balzer d’étiqueter ne s’arrête pas aux artistes masculins comme Devendra Banhart (“Beards of Waiting, Beards of Becoming”), et compte tenu de sa description de “tamias hermaphrodites sous méthamphétamine” (Skrillex, Flying Lotus), on ne peut s’empêcher de soupçonner que il aime vraiment non seulement être humilié, mais aussi être cité aussi souvent que possible. Ce qui intéresse moins Balzer, cependant, c’est le décalage entre la perte (présumée) d’importance des combos rock masculins et leur surreprésentation, voire leur domination simultanée, dans les festivals de musique. Les musiciens ou journalistes concernés doivent se poser eux-mêmes ces questions, qui sont alors accusés de manquer d’humour et de manque d’esprit de compétition.

Et si quelqu’un demande : je ne souhaite pas de réponse féminine au panorama pop de Balzer. Cela ne doit pas toujours être un LIVRE. Je me contenterais presque d’un peu moins de révérence et d’un regard plus attentif sur Jens Balzer. Ou : Non, ça ne me suffit pas ! L’écriture contemporaine et donc féministe sur la pop (culture) devrait pouvoir se passer de classifications restrictives ou dénigrantes – c’est-à-dire moins de divas, d’elfes, de barbes, de tamias. Je souhaite aussi une langue qui ne se contente pas de se tordre d’arabesques les plus originales et les plus exceptionnelles possibles. Si vous cherchez des exemples, je vous recommande la collection de textes ironiquement intitulée “The First Collection of Criticism by a Living Female Rock Critic” de Jessica Hopper. Waouh, ça vient d’une femme ! 😉