Ça suffit – Missy Magazine

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novembre 1, 2022 0 Par MistressMom

Par Nadja Brenneisen et Lovis Cassaris

La balise de hachage #Swissoutcry s’est récemment répandu comme une traînée de poudre sur Twitter et peu de temps après dans la presse. Les femmes en particulier, mais aussi certains hommes, ont rapporté des expériences quotidiennes de sexisme et d’agressions sous le hashtag. La campagne #Aufschrei, qui a fait sensation dans toute l’Allemagne en 2013, a servi de modèle à nous, initiateurs.

© Flickr/VSStÖ/CC BY 2.0

© Flickr/VSStÖ/CC BY 2.0

Les situations décrites ne sont pas seulement effrayantes dans leur ensemble : une femme rapporte, par exemple, comment le père de son amie l’a attrapée entre les jambes alors qu’elle était adolescente. D’autres femmes ont raconté des remarques obscènes, des poursuites nocturnes et des situations où elles n’étaient pas prises au sérieux en raison de leur sexe. Le tollé ne concerne pas seulement les violences sexuelles, mais – comme cela est rapidement apparu sur Internet – les nombreux visages du sexisme.

Des politiciens suisses se sont également joints à la campagne. Par exemple, la conseillère nationale du Parti social-démocrate (SP), Min Li Marti, a rapporté que des collègues du conseil avaient recommandé à son mari de lui expliquer un sujet compliqué. On avait déjà demandé à Mattea Meyer, collègue du Conseil national et politicienne PS, quand il y aurait des photos d’elle nue.

Les nombreuses expériences individuelles rendues visibles par le #SwissOutcry prouvent que le sexisme au quotidien est répandu et profond. Les structures sexistes sont largement considérées comme normales en Suisse et sont reproduites à plusieurs reprises par les journalistes et les politiciens. La société a construit une notion de masculinité et de féminité qui prive les garçons et les hommes d’un sentiment de sécurité dans leur masculinité parce qu’elle est si fragile et constamment menacée. Cela rend difficile pour les femmes de résister à la pression des hommes pour prouver constamment leur masculinité.

Le déclencheur du tollé a été, entre autres, une déclaration d’Andrea Geissbühler, politicienne de l’UDC et policière. Dans un reportage télévisé sur les condamnations avec sursis pour les violeurs, Geissbühler a déclaré : « Des femmes naïves qui ramènent des inconnus chez elles après leur sortie et puis les rejoignent un peu, mais qui soudainement ne veulent pas, portent un peu trop de complicité. Les peines conditionnelles peuvent être justifiées.

Une telle déclaration d’un politicien, mais surtout d’une policière qui, en tant qu’amie et aide, interroge également les survivantes de violences sexuelles après le crime, est terriblement représentative des structures sexistes existantes. En Suisse, une femme sur cinq est victime de violences sexuelles au cours de sa vie. Le Conseil fédéral et le centre de conseil des femmes évaluent le nombre de cas de viol non signalés entre 80 et 90 %. Dans une interview au “Tages-Anzeiger”, Geissbühler a précisé sa déclaration : elle n’a pas parlé du “cas typique” dans lequel une femme est traînée dans la voiture et violée par l’agresseur.

Geissbühler ignore le fait que ce “cas typique” n’existe pas. Elle utilise à la place le mythe du viol du méchant homme traquant et abusant d’une femme. L’utilisation de tels mythes est un instrument de la culture du viol : elle sert à minimiser, nier ou même justifier la violence sexualisée.

Le sexisme pratiqué ouvertement n’est pas nouveau en Suisse : en 2003, 38 des 44 conseillers nationaux UDC ont tenté d’empêcher que le viol conjugal soit considéré comme un délit officiel, c’est-à-dire un crime poursuivi d’office. De même, quatre ans plus tard, six politiciens de l’UDC (contre une majorité de 15 membres de la commission juridique du Conseil national) ont résisté à l’extension du concept juridique de viol pour inclure des actes qui ne se limitent pas aux rapports sexuels avec pénétration vaginale. L’année dernière, le candidat de l’UDC au Conseil fédéral, Thomas Aeschi, s’est moqué des personnes droguées avec des gouttes KO sans consentement dans une vidéo de campagne électorale après qu’un politicien du Parti vert ait récemment accusé un politicien SVP d’abus (par des gouttes KO).

Andrea Geissbühler n’a pas été la seule à faire déborder le chameau : son collègue du parti, le conseiller national UDC et éditeur Roger Köppel, y a également contribué dans un éditorial de la « Weltwoche », dans lequel il évoquait les candidats à la présidentielle américaine. À son avis, Donald Trump est plus honnêtement hypocrite qu’Hillary Clinton : “Il a juste parlé comme beaucoup d’hommes parlent quand ils se sentent inaperçus dans les groupes d’hommes ou les vestiaires.” Il a également refusé à Clinton le droit de s’exprimer sur le sexisme parce qu’elle n’avait pas divorcé de son mari infidèle, Bill Clinton.

La culture du viol en Suisse : une société dans laquelle les viols se produisent mais sont minimisés par les proches, les médias ou les politiciens. Les personnes concernées se méfient ou sont partiellement blâmées.

Ce n’est donc pas une bagatelle lorsque les politiciens blâment les survivantes de violences sexuelles ou que les politiciens rejettent leurs histoires d’agressions comme un discours de vestiaire : ils ont la responsabilité de sensibiliser le public dans leurs relations avec le sexisme et la banalisation du viol. Peu importe ce que les éditeurs écrivent, car leur travail est de permettre à la population de se forger une opinion au lieu de rétablir d’anciens modèles. Le sexisme quotidien est une violence. Et tolérer la violence ne peut plus être considéré comme acquis et immuable.

Le tollé #Suisse a fait des vagues et a trouvé une réponse inattendue et positive dans les médias. Divers journaux ont rendu compte de la campagne, ont remis en question les reportages journalistiques traitant des problèmes des femmes de manière clichée ou ont publié des conseils sur la manière dont les hommes peuvent approcher les femmes sans les harceler. L’action n’est pas un simple coup de chance, mais le résultat d’un réseautage de femmes qui dure depuis longtemps. Le #SwissOutcry critique les problèmes structurels globaux. De cette façon, les femmes de couleur, les lesbiennes, les femmes trans* et bisexuelles devraient également se sentir interpelées pour faire entendre leur voix et partager leurs expériences avec le sexisme.

Le tollé a déjà trouvé une écho. Avec un communiqué de presse le 25 octobre 2016, l’organisation lesbienne suisse LOS a lancé la discussion au sein de la communauté LGBTQ+. La critique, que les médias ont interprétée comme un tollé lesbien, a maintenant rencontré une large approbation en Allemagne également. Grâce au réseau solide sur Internet, il était et est possible d’influencer conjointement la politique et les médias et de sensibiliser le grand public à la violence sexuelle et au sexisme. Le #Swiss Outcry le montre, comme l’a si bien dit Michelle Obama : Assez, c’est assez.