Le sport comme traumatisme, standardisation, responsabilisation

Le sport comme traumatisme, standardisation, responsabilisation

octobre 31, 2022 0 Par MistressMom

Par Sabine Rohlf

Gymnastes et plongeurs de haut niveau aux Jeux olympiques, sur le point de commencer un exercice, un saut qui signifie tout pour eux. Visages concentrés en grand format : maquillage lourd, coupe de cheveux sévère, très jeune. L’artiste Katja Stuke a photographié la série “Supernatural” directement depuis l’écran de télévision. Les visages montrent dans une grille grossière ce que le sport peut faire des gens : en l’occurrence, des représentations parfaites et étrangement uniformes d’une féminité capable qui n’a pas vraiment le droit de grandir.

© Katja Stuke / nGbk

© Katja Stuke / nGbK

Très différentes les photos de la série “Nos Jeux, Nos Objectifs” de Alexa Vachon. Ici, vous pouvez voir des femmes et des filles qui ne cultivent pas la grâce stérile, mais plutôt une technique de tir retentissante et un tacle glissé résolu. Elles portent le foulard ou non, rient, courent, tirent. Les images montrent le premier festival international de football féminin au Liban. Le club de Kreuzberg “Discover Football”, dont le travail est également documenté dans l’exposition, était également sur le terrain et faisait partie de l’équipe d’organisation. Discover Football promeut la compréhension interculturelle, l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et des filles – en Allemagne, mais aussi en Pologne, en Ukraine ou dans les pays des révolutions arabes.

© Alexa Vachon / nGbk

Des filles jouent au football dans un camp de réfugiés au Liban organisé par Right to Play. © Alexa Vachon / nGbK

Les oeuvres de Katja Stuke et Alexa Vachon font partie de l’exposition”contester/contextualiser SPORT 2016″ à la nouvelle société des beaux-arts (nGbK) et au Kunstraum Kreuzberg/Bethanien, actuellement visible à Berlin. Elle présente « l’art critique et les pratiques créatives militantes » dans le domaine du sport. Dans un domaine qui peut être loisir, passion et vocation, mais aussi terrain traumatique d’uniformisation, de discipline, d’inclusion et d’exclusion.

Dans le sport, le racisme, le sexisme, le colonialisme, l’homophobie, la biphobie, la transphobie, l’hostilité envers les handicapés et la discrimination fondée sur l’âge sont à l’œuvre avec une étrange ininterrompu. À ce jour, les professionnels masculins du football sortent au mieux après la fin de leur carrière, et les femmes dans les “sports masculins” sont souri et désavantagées avec une grande certitude. Le tout est une grande entreprise, la FiFA ou le CIO sont des raccourcis pour la corruption. Des quartiers entiers sont passés au bulldozer pour les grands événements sportifs hyper commerciaux, et leur planification, préparation et mise en œuvre sont souvent des exemples d’exploitation et de catastrophe sociale.

L’exposition au nGbK et à Bethanien demande s’il existe une voie complètement différente. Alors que seul l’art est montré au nGbK, au Béthanien, des interventions artistiques côtoient des autoportraits de projets militants sportifs : l’artiste américaine Maria Molteni demande aux visiteurs de réinterpréter des abréviations telles que IOC ou DFB, l’artiste transgenre Cassils (dernier en conversation en raison de la affiche de l’exposition “homosexualité_fr“) présente la modification de son propre corps via la musculation et l’alimentation, “Olympic Favela” de Marc Ohrem-Leclef présente le revers social des Jeux Olympiques de Rio de Janeiro, Verena Melgarejo Weinandt envoie une production de kickboxing et de drag antiraciste à travers un musée pleine d’art colonial, Julia Lazarus ouvre l’accès à l’entraînement quotidien de l’équipe nationale féminine DFB, le Jewish Renaissance Boxing Club de Vienne se présente ainsi que les Berlin Bruisers, une équipe de rugby queer, ou “The Justin Campaign Against Homophobia in Football”. Il y a aussi le programme « Sweat Dreams » avec des ateliers, des présentations, des discussions, des médias et des artefacts.

L’exposition a commencé un jour après que l’Allemagne a été expulsée du Championnat d’Europe. Elle se termine une semaine après la finale des JO de Rio. Dans les semaines qui suivent, il offre une vraie détente, mais surtout une vraie inspiration pour tous ceux qui veulent aborder autre chose que la vision hégémonique du sport du diffuseur public ou privé.

« contester/contextualiser SPORT 2016 » 9 juillet–28 juin Août 2016
Neue Gesellschaft für Bildende Kunst, Oranienstrasse 25, 10999 Berlin, tous les jours de 12h00 à 19h00, Kunstraum Kreuzberg/Bethanien, Mariannenplatz 2, 10997 Berlin, tous les jours de 11h00 à 20h00

Les amateurs d’art en auront pour leur argent, tout comme les sportifs et les militants politiques. L’exposition réussit à ne pas tracer de frontières rigides entre le sport, l’art et l’activisme. C’est de la colère et de la douleur, mais aussi des appropriations et des transformations, que ce soit dans le sport de haut niveau, dans un projet queer ou dans le club du coin. Une équipe mixte d’athlètes, d’activistes, d’artistes, de commissaires, souvent en union personnelle, rassemble toutes ces perspectives. Ils encouragent tous les gens à ne pas abandonner le sport à une standardisation incessante et à une exploitation commerciale.