Madness, Sara Stridsberg et Valérie Solanas

Madness, Sara Stridsberg et Valérie Solanas

octobre 30, 2022 0 Par MistressMom

umschlag scum

Dans son premier roman traduit en allemand “Traumfabrik”, la Suédoise Stridsberg s’attaque à un matériau fort : l’extrême féministe américaine Valerie Solanas. Mais vous pouvez non seulement lire sur Valérie Solanas, mais aussi sur elle : par exemple dans « SCUM Manifesto – Manifesto of the Society for the Destruction of Men ». Entre autres, il stipule ce qui suit :

« Aujourd’hui, il est techniquement possible de se reproduire sans l’aide de mâles et de ne produire que des femelles. Nous devons commencer immédiatement.”

“L’homme a besoin de boucs émissaires sur qui projeter ses défauts et ses manquements et exprimer sa frustration de ne pas être une femme.”

Le manifeste de Solana, publié pour la première fois en 1968, est disponible dans une nouvelle édition chez Philo Fine Arts pour 10 euros depuis début septembre à l’occasion de la « Traumfabrik » de Stridberg.

La critique Agnès Toulas écrit à propos de « Traumfabrik » dans le numéro actuel de Missy :
Valérie Solanas est surtout connue pour deux choses : la tentative d’assassinat d’Andy Warhol en 1968 et le “SCUM Manifesto”, dans lequel elle fait un plaidoyer passionné pour l’abolition des hommes. Né dans le New Jersey en 1936, Solanas a étudié la psychologie après une enfance marquée par les abus sexuels. On pense qu’elle a ensuite travaillé comme prostituée avant de s’installer à New York en 1966, où elle a écrit la pièce Up Your Ass. La tentative de le faire produire par Andy Warhol a échoué. Solanas a continué à évoluer dans le cercle “Factory” de Warhol, mais en même temps a senti qu’il profitait de lui. Après les fusillades de Warhol, elle passa quelques années en prison, continua à le persécuter, fut inlassablement internée en psychiatrie et tomba peu à peu dans l’oubli. En 1988, elle meurt seule dans un refuge pour sans-abri à San Francisco. La vie mal documentée de Valerie Solanas laisse beaucoup de place à la spéculation. A cet égard, la décision de Sara Stridsberg de concevoir son roman “Traumfabrik”, qui s’appuie sur cette vie, plus comme une fantaisie littéraire que comme une biographie classique, fait sens. Elle se passe d’un récit chronologique et invente des dialogues avec des personnes réelles, comme Dorothy, la mère de Solanas, et des personnages fictifs comme Cosmogirl. Elle va si loin dans son engagement pour la fiction qu’elle met en scène des conversations entre le narrateur (l’alter ego de Stridsberg) et Solanas, dans lesquelles elle se plaint de la façon dont son histoire est racontée. Scénarios changeant rapidement, refrains, questions interposées, dialogues autonomes et même listes : des éléments de poésie, de drame et de film sont incorporés ici. La forme du texte est aussi extrême et expérimentale que son protagoniste, brillamment imaginé par Stridsberg et qui ne s’incline ni devant les professeurs, ni devant les juges, ni devant les psychiatres. Elle est également chassée des cercles féministes à cause de son apparence sexy et de ses positions radicales, et malgré tout, elle affirmera comme un mantra jusqu’au bout qu’elle est la seule femme qui n’est pas folle. En Suède, “Traumfabrik” a attiré beaucoup d’attention et a reçu en 2007 le prix de littérature du Conseil nordique, le prix littéraire le plus important de Scandinavie. Dans ses débuts en 2004, Happy Sally, Stridsberg avait déjà eu affaire à une figure féminine historique, à savoir Sally Bauer, qui en 1939 fut la première Scandinave à traverser la Manche à la nage. En revanche, son troisième roman, Darling River, paru en Suède en mars, se concentre sur un personnage fictif : Lolita de Nabokov.
Critique : Agnès Toulas, de Missy Magazine #03/10
Sara Stridsberg “Traumfabrik” du suédois d’Ursel Allenstein, S. Fischer, 384 pages, 21,95 euros.