Mode : à tomber par terre ?  -Madame Magazine

Mode : à tomber par terre ? -Madame Magazine

octobre 31, 2022 0 Par MistressMom

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Est-ce que féminisme et mode vont de pair ? Entretien avec l’actrice Pegah Ferydoni et avec Anne Jung de l’organisation d’aide et de défense des droits humains medico international. Tous deux se sont engagés dans l’initiative #untragbar – contre l’arnaque de l’industrie textile.

Entretien : Laura Solmaz Litschel

Récemment, l’effondrement de l’usine de vêtements Rana Plaza au Bangladesh a fait 1 127 morts et 2 438 blessés graves. International était donc en avril pour “Journée de la révolution de la mode” appelé. En fait, malheureusement, peu de choses ont changé. Les travailleurs qui ont survécu à l’accident attendent toujours des indemnisations et des entreprises telles que H&M, Mango et C&A continuent de produire dans de mauvaises conditions sans sacrifier les ventes.

L’actrice Pegah Ferydoni (également connue pour des films tels que ‘Femmes sans hommes’ ou la série ‘Turkish for Beginners’) est donc impliquée dans l’initiative #unwearable- contre l’arnaque de l’industrie textile. Anne Jung travaille pour l’organisation d’aide medico international, qui soutient les travailleurs locaux du textile au Bangladesh et au Pakistan avec des projets médicaux et d’auto-organisation. L’initiative “#untragbar” a été lancée cette année par médecine internationale, ver.di et Réseau INKOTA/Campagne Vêtements propres amené à la vie. L’objectif est enfin d’améliorer les conditions de travail des couturières et d’obliger les entreprises à verser des indemnités impayées. L’initiative peut être sur le placer et jusqu’à Facebook être soutenu. Dans notre interview, les deux évoquent les conditions de travail dans l’industrie textile, les entreprises déraisonnables, l’engagement social, le shopping « correct » et l’impossibilité de porter de la belle mode sans mauvaise conscience.

MISSY MAGAZINE : Un an s’est écoulé depuis l’accident, qu’est-ce qui a changé depuis et qu’est-ce qui doit encore changer ?

ANNE JUNG : Les survivants manquent toujours d’une aide matérielle, médicale et psychosociale suffisante. Les négociations pour l’indemnisation des victimes du Rana Plaza et d’autres catastrophes industrielles au Bangladesh et au Pakistan n’ont pas encore abouti à un résultat satisfaisant. Les sommes versées jusqu’à présent ne suffisent à rien ni à personne. De nombreuses entreprises, dont Adler, une entreprise allemande d’Aschaffenburg, n’ont rien payé du tout !
Presque toutes les entreprises internationales cherchent à gagner du temps – une situation intolérable. Le refus des entreprises de payer et le désir de changer quelque chose politiquement sont les raisons pour lesquelles nous, chez medico, avons fondé la campagne #untragbar avec ver.di et le réseau Inkota. Nous voulons faire respecter l’indemnisation des couturières, mais aussi de nouvelles règles sur la responsabilité des entreprises qui obligent les chaînes de distribution à garantir localement de meilleures conditions de travail et de salaires.

MISSY MAGAZINE : Que signifie pour vous l’accident du Rana Plaza ?

PEGAH FERYDONI : J’ai été stupéfait et choqué par les images qui nous sont parvenues de là. Je pense que beaucoup de gens ont ressenti la même chose. Une telle chose ne doit pas arriver. Plus jamais.

MISSY MAGAZINE : Pourquoi avez-vous ensuite décidé de vous impliquer dans #untragbar ?

PEGAH FERYDONI : Les vêtements que nous portons sont fabriqués par des personnes qui doivent endurer des souffrances insupportables chaque jour afin de faire des profits toujours plus importants pour l’industrie. Peu importe que j’achète une chemise bon marché ou une veste de créateur. C’est pourquoi je me soucie de la façon dont les entreprises textiles y produisent. Je veux apporter une petite contribution pour faire en sorte que les préoccupations des gens soient entendues ici.

MISSY MAGAZINE : Pourquoi la belle mode est-elle généralement produite dans de si mauvaises conditions ?

ANNE JUNG : Faire travailler des masses dans des conditions de travail misérables est malheureusement une stratégie bien connue du capitalisme. Un mélange de cupidité et de négligence met en danger la vie de millions de travailleurs.
L’avidité des entreprises augmente aussi avec la demande et c’est là que nous intervenons : aujourd’hui nous achetons en moyenne onze fois plus de vêtements qu’il y a 20 ans et nous n’y dépensons presque plus d’argent. Celle-ci est payée par les travailleurs.

MISSY MAGAZINE : Dans quelle mesure travaillez-vous avec les femmes locales ?

ANNE JUNG : L’année dernière, nous avons organisé de nombreux événements avec la syndicaliste pakistanaise Zehra Khan, une femme très combative. Elle organise les ouvriers du textile à Karachi. Les femmes comme elle paient un prix personnel élevé au Pakistan. La plupart n’ont pas de famille à eux.
Deux femmes syndicalistes étaient également présentes pour marquer l’anniversaire du Rana Plaza : Safia Parvin et Shila Begum. Ils soutiennent la Fédération nationale des travailleurs du vêtement (NGWF). Ils ont organisé des manifestations à Dhaka, qui ont attiré jusqu’à 50 000 personnes. Shila a survécu de peu à la catastrophe du Rana Plaza. Elle ne pourra plus jamais avoir d’enfants à cause de ses blessures. Elle portait encore son bras dans une attelle. C’était très impressionnant quand elle s’est tenue aux portes de l’usine Adler et a demandé une compensation. Il y avait une veillée et des bougies ont été placées sur du tissu noir pour commémorer les victimes de la tragédie. La compagnie ne l’a même pas reçue, la survivante.

MISSY MAGAZINE : Quelles sont les opportunités pour les couturières d’améliorer activement leurs conditions de travail ?

ANNE JUNG : Seulement 1 % des couturières sont syndiquées et les syndicats sont trop souvent empêchés de faire leur travail. Dans les usines textiles d’Asie du Sud, d’où proviennent la plupart de nos vêtements, les couturières travaillent jusqu’à 14 heures par poste, beaucoup d’entre elles sans contrat, elles n’ont pratiquement pas de jours de congé, leurs heures supplémentaires ne sont que partiellement rémunérées. La plupart d’entre eux n’ont donc pas la force de s’organiser politiquement.
Néanmoins, un mouvement de grève spontané s’étalant sur deux mois au Bangladesh a permis d’obtenir une augmentation de 75 % du salaire minimum. Mais cela aussi n’est que sur papier pour le moment. Et s’il était mis en œuvre, les employeurs du Bangladesh devraient le payer : les entreprises internationales refusent de payer des prix plus élevés. On ne remarquerait même pas ici un doublement du salaire minimum s’il était ajouté aux prix : ce serait tout au plus un euro de plus par vêtement.
On le voit dans les négociations d’indemnisation. Comment les dirigeants syndicaux locaux sont-ils censés faire pression sur les chefs d’entreprise européens pour les forcer à payer ? Cela ne fonctionne que si nous sommes solidaires avec les femmes et les hommes d’ici et que nous disons clairement aux magasins comme Mango, C&A and Co : nous ne voulons plus de ça ! Seule la peur de perdre des ventes peut faire agir les entreprises.

MISSY MAGAZINE : Zara, Mango, H&M : Est-il même possible de « se comporter correctement » en faisant ses courses ?

ANNE JUNG : Malheureusement non. Le problème ne peut pas être résolu en modifiant les décisions d’achat individuelles. Même le commerce équitable ne peut résoudre le problème systémique. Et vis-à-vis des grandes marques, la méfiance est encore plus grande : des choses qui ont été produites au Bangladesh ou au Pakistan sont souvent livrées dans un pays européen, par exemple pour un dernier lavage ou pour la toute dernière couture, qui est alors donnée comme pays d’origine.
Les syndicalistes du Bangladesh, avec qui nous voyagions en Allemagne, mettent en garde contre un boycott. Car aussi désastreuses que soient les conditions de travail, tout vaut mieux que le chômage, qui est souvent la seule perspective d’émancipation. Les couturières n’ont pas besoin d’un boycott, elles ont besoin d’une politique commerciale européenne qui protège leurs droits. Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de règles claires qui remettent les entreprises à leur place. Avec l’initiative #untragbar, nous appelons les politiques à intervenir et à faire en sorte que les entreprises soient responsables si elles violent les droits de l’homme dans leurs relations commerciales. Cela semble sec, mais cela peut sauver des vies et rendre le bon travail possible.

MISSY MAGAZINE : Dans cette optique, comment pouvez-vous justifier un « droit aux beaux vêtements » ?

PEGAH FERYDONI : Pour moi, la mode est plus que des vêtements. C’est une expression personnelle, tantôt un costume, tantôt une seconde peau. J’aime la mode et je ne veux pas avoir honte de mes vêtements. L’industrie textile doit créer des conditions de travail décentes pour que la mode redevienne amusante et sans mauvaise conscience.