OWAWIRLIFE : ArabQueen ou la reine sans royaume

OWAWIRLIFE : ArabQueen ou la reine sans royaume

novembre 1, 2022 0 Par MistressMom

basel rahmen42ArabQueen ou l’autre vie”, d’après le roman de Güner Yasemin Balci, mise en scène de Nicole Oder, produit par Heimathafen Neukölln (Berlin), 02-05-2011 Tojo Theater Reitschule Bern

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La réalisatrice Nicole Oder nous montre un monde très étroit dans sa production “ArabQueen”, un piédestal blanc, le monde de Mariam, la protagoniste, fait quatre mètres carrés et demi. Elle n’y est pas emprisonnée, mais symboliquement liée à elle. Le piédestal blanc est la cuisine, la salle de bain, l’appartement familial, le marché arabe, le toit de l’immeuble de grande hauteur, le lit de sa meilleure amie et, enfin et surtout, il rappelle l’autel sacrificiel qui deviendra son lit nuptial .

C’est l’histoire d’une jeune femme qui vient de terminer l’école, d’origine arabe, vivant en Allemagne. De cette façon, sa vie semble être dirigée de manière étroite et concrète au lieu d’être ouverte, dans laquelle elle n’a que la possibilité de se marier. C’est une adolescente antipathique et agressive que l’on regarde au début alors que sa mère lui demande de faire le ménage et qui s’exprime sous la forme de : “Heyman, ne sois pas ennuyeux, Schnauze hee” dans un argot mixte arabo-allemand.

Non, le sujet n’est pas banal et oui, il faut surtout accepter comment les trois actrices se transforment en rôles (de genre) différents et nous ouvrent un monde façonné par de nombreux clichés, mais surtout par des frontières, qui se jouent dehors. Sur scène, assises sur trois chaises, elles passent de mère à sœur et tante à vendeuses de légumes arabes à parents français à meilleures amies dans un travail d’acteur très précis.

Seul le patriarche, qui détermine toutes les structures, n’est là que comme une ombre et reste le pouvoir diffus derrière, au-dessus et en tout. Dans le chat, Mariam est la reine arabe sans royaume, sans parler d’une chambre à elle. On comprend pourquoi son corps et son langage sont en constante tension agressive : chaque place doit être combattue. « Pourquoi tu ressembles à ça, mec, tu me regardes, mec ? Voulez-vous des ennuis ? » sont des déclarations qui créent de l’espace, créent de la distance, afin de pouvoir confirmer sa propre existence en tant que sujet, et non en tant que membre de la famille.

Un sujet qui est “juste une femme” ici, chaque instant doit être arraché ou gagné. Les femmes doivent faire semblant d’être malades pour ne pas avoir à suivre leur mari à Istanbul, elles doivent faire semblant d’être inconscientes pour passer du temps avec un autre membre de la famille et faire semblant d’aimer laver les pieds de leur frère pour gagner sa bonne volonté.

En termes d’honneur et de virginité, l’endroit où la position d’un homme est décidée est entre les jambes d’une femme. » Fatema Mernissi

Lorsque Mariam rentre dix minutes en retard d’une rencontre avec un garçon, la conséquence est un mariage forcé avec son cousin. Il n’y a pas de discussion, pas de questionnement, elle est enfermée et est censée rester jusqu’à ce que son mari vienne la chercher.

Ce que Mariam fait reste ouvert dans la production, aucune nouvelle possibilité n’est présentée. Le suicide, le mariage forcé ou la rupture éternelle avec la famille et avec tout ce qu’ils connaissent sont les pistes d’action possibles. La production n’omet pratiquement aucun des sujets explosifs, du foulard au patriarcat en passant par la violence, les agressions sexuelles, la lapidation et le mariage forcé, tout est traité sans être surchargé ni prévisible.

Un jeu d’acteur impressionnant qui montre ouvertement la production du genre et n’hésite pas à être politiquement explosif.

Véronique