“Tessa” de Nicola Karlsson – Missy Magazine

“Tessa” de Nicola Karlsson – Missy Magazine

octobre 29, 2022 0 Par MistressMom

Par Silvia Follmann

Berlin en été, une jeune femme et une maladie sur laquelle on peut trop longtemps fermer les yeux, voilà le vivier d’où naissent les débuts littéraires de l’auteur berlinois Nicola Karlsson. Mais l’été de Tessa était en fait terminé avant d’avoir commencé. Le chemin qu’elle parcourt jusqu’à la dernière page du livre est pavé de vagues désirs, d’expériences tourmentantes et de trop de drogues. La capitale devient un décor interchangeable, car Karlsson ne présente pas l’addiction comme un programme moderne d’une jeunesse hédoniste de la capitale, mais comme une échappatoire à l’ici et maintenant, qui ne connaît ni âge ni lieu de résidence. Et pourtant, le texte parle aussi d’une génération qui pourrait tout avoir. Tourner autour tout le temps, mais parfois juste tomber.

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Nicolas Karlson

Son appartement est aussi délabré que son intérieur. Elle peut à peine le supporter là. Mais même à l’extérieur, les déceptions et de plus en plus souvent le vieil ivrogne d’à côté sont au rendez-vous. Tessa est dégoûtée. Parfois il y a aussi ces beaux moments. Dans un lac frais et sombre quelque part au-delà de la frontière polonaise avec Frieder, familier avec Nick, dansant seul sur la piste de danse. Mais le lac est loin de sa vie quotidienne, Frieder est mariée à quelqu’un d’autre et a une liaison basée uniquement sur sa réticence à être seule. Sa relation avec Nick lui a également échappé depuis longtemps, il ne peut supporter ni sa jalousie ni son autodestruction et être seul ne fait pas le bonheur de Tessa, ni danser ni dans aucune autre situation. Et ce putain de loyer n’est même pas payé.

Ensuite, il y a Uwe, un revendeur de coke miteux, qu’elle recherche surtout au moment où sa spirale descendante a presque creusé le fond. Elle vit avec lui des soirées dont elle ne se souvient souvent qu’avec honte plus tard. Heureusement, elle était si proche que ça ne compte plus. Ce que vous ne savez pas avec certitude ne s’est certainement pas produit. Un système qui semble initialement fonctionner pour Tessa. Mentir est facile pour Tessa, elle n’est pas douée pour ça. Rien dans leurs histoires n’est étanche et pourtant, personne autour d’eux ne veut ou ne peut sérieusement s’occuper de leur état. Pas même elle-même.

Entre crépuscule et bourgeoisie, un décor se construit autour du protagoniste, qui devient le théâtre d’une maladie que Nicola Karlsson raconte sans relâche et sans volonté de trouver une issue sous la forme d’une psychologisation des événements.

Si vous cherchez une évaluation ou une biographie explicative dans ce livre, vous le ferez en vain jusqu’à la dernière page. Karlsson montre un extrait d’une vie malade, malade d’elle-même et d’une solution qui devient un sable mouvant pour le protagoniste. C’est parfois pénible à énervant d’accompagner Tessa tout au long de cet été. Pourquoi ne s’arrête-t-elle pas ? Pourquoi personne ne la secoue-t-elle, pourquoi doit-elle constamment se heurter au couteau par ses propres moyens ? Mais il n’y a aucune raison et aucune promesse de salut. L’ivrogne odieux ne s’en sortira pas à la fin. Tessa déjà. Au moins pour un avenir proche.

Le livre peut se lire comme un nouveau roman berlinois ou comme le portrait d’une génération, mais au final c’est surtout un regard par le trou de la serrure sur la vie d’une jeune femme pour qui il n’y a ni avant ni après. Juste cet été à Berlin.

Nicola Karlsson, Tessa, Graf Verlag, 304 pages, 18 euros.